Agriculture au Sénégal : Renouer avec la pensée critique

Echos du monde rural

Home sweet home (enfin). Parcouru en l’espace de 2 semaines 7 régions du Sénégal entre Dakar et Tambacounda en passant par St Louis, Thiès, Diourbel (Touba), Kaolack et Kaffrine. Parcours épuisant certes, mais au finish très inspirant et édifiant car m’ayant permis de mettre des réponses sur plusieurs interrogations qui me taraudaient jusque-là l’esprit. J’ai rencontré surtout des femmes entrepreneurs dans la transformation des céréales aux parcours très inspirants et qui contribuent grandement à créer de la valeur ajoutée à nos produits locaux. Il faut dire que nos médias décident délibérément de mettre presque toujours les mêmes sous les projecteurs. Moi, ces femmes et hommes, ce sont mes stars. Car chaque jour de par leurs activités, ils écrivent une page de l’histoire que l’histoire choisit pourtant d’ignorer.

S’il y a une chose que je retiens, cependant, c’est qu’en matière d’agriculture nous voulons tout simplement aller plus vite que la musique. Aussi ai-je trouvé, comme je l’avais reconnu du reste, l’ambition d’autosuffisance en riz en 2017 peu réaliste. Quelle place pour le mil, le maïs et tant d'autres spéculations non moins importants? Il y a encore des choses basiques qui nous manquent et que nous choisissons délibérément d’ignorer. S’il y a autre chose et pas du moindre que j’ai pu noter, c’est que les préoccupations du monde rural sont encore loin d’être prises en compte. Dans les différentes zones que j’ai visité, les producteurs et transformateurs étaient tout simplement plus qu’enthousiastes à l’idée de partager leurs préoccupations. On aurait dit même qu’ils n’attendaient que ce moment afin d’être enfin entendu. La question que je me pose alors : que font des organisations comme le CNCR ou le ROPPA ou tant d’autres? Faut-il alors revoir les modèles d’organisation des producteurs ? Est-ce que ces organisations s’assurent, lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts de leur membre, que l’intérêt général prévaut au lieu des intérêts de leur président ?


Agrimedias, une plume pour parrainner l'information agricole

Nous avons voulu, avec la création de « agrimedias, une plume pour l’information agricole », apporter notre contribution aussi modeste soit-elle à l’animation des débats autour de l’agriculture. Non pas seulement en faisant des critiques mais à apporter notre contribution aux réflexions et permettre la prise en compte effective des préoccupations de tout un chacun, fussent-il de près ou de loin, impliqués dans le secteur agricole. Notre ambition étant d’offrir à notre lectorat une lecture plus facile des enjeux liés au développement agricole loin des discours partisans. Nous espérons avoir rempli quelque peu cette tâche même si les exigences sur le plan professionnel nous empêchent de publier plus fréquemment. « Remplir la tâche » me permet surtout d’interpeller les agronomes sur leur mutisme autour de la question agricole. Bien souvent, peu d’entre nous émettons notre avis sur les politiques agricoles en cours ou passées au point que le débat soit confiné et monopolisé par une certaine classe de politiques, partisans et autres pseudo experts et consultants. Il n’y a pas de point, sur l’agriculture, qui ne mérite d’être discuté, fouillé, bêché à l’image d’une terre que l’on veut travailler. L’on se souvient encore du Président Wade et de ses programmes aux ambitions démesurées sans que derrière, des agronomes réputés être savants du domaine, puissent opposer à cette politisation de l’agriculture son caractère purement scientifique par un appel au réalisme. Et même plus récemment, qui a réagi après la sortie du Ministre autour de supposés rendements record ? Allons-nous laisser passer comme toujours sans pour autant interroger ces chiffres ? Il soulève tout simplement un problème presque commun en Afrique, celui de la génération des statistiques.


Où sont les agronomes dans l'animation du débat agricole ?

Il est vrai que nous avons l’ADENSA (Association des anciens de l’ENSA –Ecole Nationale Supérieur d’Agriculture-) qui doit quand même se muter en une force de propositions. Je n’en suis pas encore membre, aussi n’aimerais-je pas spéculer sur ses activités, ceci étant juste une interpellation et un appel à plus de présence. Mais je pense qu’il est temps qu’on puisse réfléchir à la faisabilité de la mise en place de l’ordre des agronomes du Sénégal comme il en existe dans plusieurs pays. Et qu’enfin ce secteur qui nous aura valu tant d’années d’études puisse profiter pleinement de la qualité des ressources humaines dont je ne doute point. Par ailleurs je n’en appelle surement pas à ce que le débat se fasse uniquement autour d’agronomes. L’agriculture a ceci de particulier : c’est qu’elle sait rassembler toutes sortes de compétences. C’est pourquoi j’en appelle à ce que tous se joignent à l’animation des débats autour de ce secteur qui occupe encore 60% de nos compatriotes. Je ne sais pas après si nous serons 1, 2 ou 3 à continuer cette réflexion mais j’espère qu’elle aura permis d’enclencher un débat profitable au secteur agricole.

J'admets que le timing n'est pas tout à fait parfait puisque qu'aujourd'hui étant un jour où on doit se rappeler d'un illustre fils de l'Afrique qu'est Cheikh Anta Diop. Mais n'ayant, au cours de sa vie, "de cesse de replacer l’Afrique dans le débat international", je me permets de magnifier à ma manière tout ce qu'il aura laissé à la postérité et j'espère que nous pourrons tirer pleinement de son héritage.

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